CRASH CD 73

"La folie des glandeurs"

(13 titres / Sortie : 14/11/05)

Reprise à toutes les sauces et métissée aux styles contemporains (variété-pop, rock, world, rap), la chanson réaliste effectue un retour marqué en ce début de siècle. En revanche, ce sont des versions édulcorées ou naphtalinisées qui occupent le dessus du panier : textes proprets, fatuité et fioritures, ou encore décalcomanies nostalgiques, tels les clichés sur les Apaches et le Vieux Paris. Autant de manières de nettoyer la couche vulgaire et de récupérer une expression populaire dont les représentants historiques sont depuis bien longtemps au Père-Lachaise. Où diable retrouver la fibre de cette musique, faubourière, prolo, poignante, irrévérencieuse ? S’il en existe une forme actuelle et vivante, c’est bien du côté de Laréplik qu’il faut la chercher.

Depuis leur premier album brut de décoffrage, "St-Roger Live", cela faisait un moment que l’on attendait un nouveau disque des Bordelais. Il y avait bien eu quelques compilations comme celle du Réseau No Pasaran, des titres communs avec Les Hurlements D’Léo ou Skunk, mais le groupe se concentrait sur ses tournées. Réputation scénique solidement établie et énergie généreusement dispensée aux quatre coins du pays, la vieille garde réplikaine s’est finalement retranchée l’année dernière au Studio Le Chalet, en Guyenne profonde, sous la houlette vigilante de J-Pax (fringant sonorisateur des Hurlements D’Léo).

Mise en place soignée, parti-pris de mix mettant en avant la voix, cette "Folie Des Glandeurs" de 13 titres surprendra ceux qui s’attendaient à un standard folk-punk. Encore qu’il ne soit jamais loin, ce "street-folk" fédérateur prompt à jeter les audiences dans un pogo exutoire : l’accordéon est enfin exploité à sa juste mesure ; la rythmique comme le banjo gardent pêche et nervosité. En témoignent les lâchers punks de "Merci" ou de "Petit Agité" (Bérurier-Noir). Si l’on retrouve deux vieux classiques du groupe ("Les témoins de Jéovah" et "Le Carnaval des Morts-Vivants"), drôlifiques tout en restant grinçants, la veine majeure du nouvel opus s’avère encore plus noire et âpre, brutale et mordante que celle du "Live". Du "Con de droite" aux étudiants bobos (proies favorites du chanteur Ludo), en passant par les institutions, les membres de sectes et une vaste gamme de losers, tout le monde y laisse des plumes. Au travers d’anecdotes et de portraits qui sentent le vécu ("Quand plus rien d’autre ne compte"), Laréplik accumule les pieds-de-ned au politiquement correct ("A l’alcool fort et aux drogues dures", tout un programme) et les charges féroces ("Le cul entre deux chaises", "Permettez-moi"). Les deux titres de la chanteuse Vigie, "Au bout d’ma laisse" et "Le dimanche", pure valse à l’accordéon et voix de goualante, font montre d’une écriture également très personnelle, pas positive pour un sou.

Cru et goguenard, "La Folie Des Glandeurs" est un disque abouti, avec du chien, de la dent et une patte certaine. Un condensé de chanson réaliste, témoin de son époque, qui ne regimbe ni sur ses idées, ni sur son franc-parler.


"Con de droite" La Réplik
envoyé par Agnese

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